Prête-moi ta plume, un roman sur les stars et la radio (ebook)

Florent Girard, animateur-vedette d’une radio musicale parisienne, est licencié après une malheureuse émission. Il se retrouve à Brest, sur une petite station locale, loin du milieu des célébrités qu’il a longtemps fréquenté.

Il raconte sa reconversion à la charmante et coriace Inès, reporter d’un journal people.

Show-biz, or not show-biz… Qui sortira gagnant de ce tête-à-tête aux multiples rebondissements ?

Cette histoire est inspirée du quotidien de l’auteur, journaliste sur une radio associative à Brest.

Chapitre 1

Mars 2019

En contrebas du sentier, la mer, furieuse, croque les dunes à l’envi. Ce qui me pousse à fendre l’air, ce n’est pas l’impatience de rejoindre Inès, mais la pluie battante qui pilonne mon visage depuis le parking. J’ai tellement hâte de me mettre à l’abri ! Vous ne pourrez pas vous tromper, c’est la longère juste après le centre nautique, m’a confirmé la jeune femme par texto. Je n’ai pas ôté mon index du bouton qu’une voix grésillante surgit du haut-parleur.

— Ah ! C’est vous, Florent ? J’arrive tout de suite !

Le bruit de talons s’amplifie, puis le portail se libère dans un léger crissement. Comme elle est belle, avec son nez en trompette ! Des boucles brunes tombent sur ses épaules.

— Bonjour Inès, et merci pour vos indications. Je n’ai eu aucun mal à trouver.

— Je vous rencontre enfin ! se pâme-t-elle en me serrant la main. Mais vous êtes trempé, venez vite !

Au-dessus de la porte, taillé dans le granit, je distingue le chiffre 1835, qui fournit une indication sur l’âge de la demeure.

— On s’installe dans la véranda ? suggère-t-elle en repliant son parapluie. Je vous offre un café ?

Ma curiosité se concentre vers les petites fesses galbées qui se dessinent sous le jean moulant.

— Très volontiers ! J’ai démarré aux aurores, ça me fera le plus grand bien.

Inès m’indique un fauteuil club fatigué, mais d’apparence confortable. Elle saisit mon parka pour qu’il sèche devant le feu.

— C’est sympa chez vous, dis-je avec une effrayante politesse. Chaque objet est à sa place.

Une armoire cossue, une table paysanne et un fût réincarné en bar renforcent, sous les poutres rustiques, le pittoresque de l’endroit.

— J’adore les vieilles choses. Je fréquente régulièrement les puces. Je ne rentre jamais bredouille, il y a sans cesse des trucs à chiner. Les montres, par exemple. J’en possède une jolie collection.

Elle me présente son bras gauche. Une Cartier en or jaune sublime son poignet. J’aspire à lui tenir la main pour mieux la voir, mais elle esquive.

— Celle-ci ne m’a rien coûté. On me l’a offerte pour me remercier d’un article. J’ai aussi des parfums de la marque, cela vous surprend ?

— Le papier était sans doute flatteur, dis-je.

— On ne me corrompt pas facilement, mais si c’est gratuit et luxueux, pourquoi refuser ? Vous savez à combien elle part sur eBay, cette montre ? Plus de dix mille euros !

Je demande à Inès qui est l’heureux élu. Elle s’éloigne pour remplir nos tasses, et armer son fusil.

— Vous voulez des indices ? C’est un acteur, il a plus de quatre-vingts ans. Il ne s’est jamais marié. On ne lui connaît pas d’enfant légitime. Il donne régulièrement aux œuvres de protection des animaux, d’ailleurs la presse s’en est fait l’écho récemment. Si avec ces éléments, vous ne trouvez pas…

Inès refuse de me citer des films dans lesquels le type a joué. Elle ne s’enorgueillit pas non plus de la nature de leurs relations. Le chantage sexuel étant chose fréquente dans le show-biz, il ne serait pas absurde qu’elle se soit laissée convaincre par ce vieux porc. Je lui cite des noms au hasard. Elle réplique à chaque fois.

— Vous me sonnerez quand vous aurez la réponse. Et la bonne, j’insiste !

Jouer aux devinettes avec la belle Inès s’avère vite périlleux.

— Que m’offrirez-vous en récompense de votre portrait dans Golden People, Florent ?

Confidence pour confidence, comme dans la chanson…

— J’ai deux options pour l’article. Balancer le parcours d’un animateur radio intègre, ou celui d’une pourriture.

Dans quel piège me suis-je encore fourré ?

— Ne me faites pas languir !

— Je n’ai rien à me reprocher, Inès, que la presse et mon entourage ne sachent déjà.

— À votre aise. Nous avons deux heures pour faire la lumière sur votre passé. N’omettez aucun détail, surtout !

Elle me tend l’assiette de gâteaux.

— Ils ne sont pas empoisonnés. J’ai encore besoin de vous…

Étant d’un naturel gourmand, je me laisse tenter, en dépit d’une évidente crispation. J’avale une première bouchée, puis une autre. La fille se sert également, sans doute pour chasser ma méfiance, puis elle ricane. Le déluge qui s’abat sur le jardin ne m’incite pas remettre le nez dehors. Inès oriente justement la conversation sur la propriété.

— Pour le même prix, je pouvais choisir entre une chambre à l’hôtel et un gîte avec Airbnb. C’est quand même plus agréable ici, vous n’êtes pas d’accord ?

— C’est… mignon. Si cette maison vous plaît, Inès, alors tant mieux.

— Autant se faire plaisir, non ? C’est ma rédaction qui régale.

Elle s’assied sur le deuxième club, face à moi, croise les jambes et enchaîne.

— Jim Dupuy nous rejoindra demain matin. Il vous tirera le portrait sur votre lieu de travail, histoire d’être dans le contexte, comme on dit.

Dupuy… Le paparazzi le plus détesté des people. J’ignorais qu’il avait repris du service après ses multiples condamnations.

— On s’est régulièrement vus à Paris dans des soirées mondaines, dis-je. Je ne l’apprécie vraiment pas, je préfère vous prévenir.

— C’est à cause de Clara, n’est-ce pas ?

Jouer franc-jeu, pour être crédible.

— Oui. Elle a eu maille à partir avec lui. Son ancienne agence a gagné deux fois en justice contre Golden People après la publication d’images de prétendues liaisons. Mais c’était avant qu’on se fréquente.

Inès se flatte que son journal ait payé les frais de procédure, les amendes et les dommages et intérêts. Elle assure que Jim est leur meilleur photographe, et que dévoiler de fausses histoires de cul fait partie de la ligne éditoriale. Quand elle m’ordonne de ne pas en profiter de cette rencontre pour régler nos différends, j’explose.

— Savez-vous combien de fois Clara a fait la Une de votre magazine ? Plus de trente ! Les publicités gratuites dans notre revue de presse people, avec elle au micro, vous les avez comptées ? Et vous voudriez qu’on s’excuse ?

— Calmez-vous, Florent, votre bonne humeur à l’antenne n’a pas sauvé l’humanité, que je sache…

Je fais mon mea culpa. Inès poursuit, sur le même ton condescendant.

— Depuis que vous avez été évincé de ZicMu et qu’elle vous a quitté, vous devez vous sentir bien seul, non ?

Comment sait-elle que Clara est partie ? Aucun journal n’en a parlé !

— J’ai une bonne copine à Paris. Éva Tracy, ça ne vous dit rien ?

La jeune femme me donne des nouvelles de la chanteuse.

— Son dernier album a beaucoup de succès. C’est grâce à vous, Florent !

Me voyant de plus en plus irrité, elle me demande de pardonner son arrogance, et me précise l’angle du portrait.

— Je voudrais vous remettre sur le devant de la scène. Mes lecteurs affectionnent les stars tombées dans l’anonymat.

La tension s’amenuise. Je tente une sortie en douceur.

— Que ce soit clair entre nous, Inès… J’ai tiré un trait sur mon passé d’animateur radio à Paris. Je ne fais plus parler les célébrités sur ZicMu, et elles ne me réclament pas, d’ailleurs. Je me fiche bien qu’on se souvienne de moi. En revanche, si mon témoignage peut aider les gens à mieux connaître la société du spectacle et les dessous du star-system, alors posez vos questions. Je répondrai sans détour.

Une rangée de dents impeccablement alignées révèle un sourire envoûtant. Inès est ravie, moi, beaucoup moins.

— Mettez-moi des étoiles dans les yeux, Florent. J’ai hâte de savoir comment vous rencontrez Clara !