Prête-moi ta plume, un roman sur les stars et la radio (ebook)

Florent Girard, animateur-vedette d’une radio musicale parisienne, est licencié à la suite d’une malheureuse émission. Il se retrouve à Brest, loin du milieu du show-biz qu’il a longtemps fréquenté. Il raconte sa reconversion à la charmante et coriace Inès, reporter d’un journal people. Qui sortira gagnant de ce tête-à-tête aux multiples rebondissements ? Cette histoire est inspirée du quotidien de l’auteur, Christophe Pluchon, journaliste sur une radio associative à Brest.

Extrait (chapitre 1 intégral) :

Mars 2019

Le souffle qui fouette mon visage me surprend par sa douceur. Le site de la météo n’a pas péché par optimisme, aujourd’hui. Le climat se dérègle, Dame Nature reprend ses droits, file une correction à l’Homme. L’océan grignote les dunes à satiété. Le littoral en garde des stigmates.

Cette réflexion apocalyptique m’accompagne sur le chemin vers la longère. « Vous ne pourrez pas vous tromper, c’est la première après la fontaine ! » m’indique Inès, par texto. Il ne me faut pas plus d’une demi-heure, à pied, pour localiser la demeure. J’ai à peine ôté mon doigt de l’interphone, qu’une voix grésillante se fait entendre dans le haut-parleur.

— Ah ! C’est vous, Florent ? J’arrive tout de suite !

Couplé au pépiement des oiseaux, le bruit des talons s’amplifie, puis le portail se libère dans un léger crissement. Comme elle est belle, avec son nez en trompette ! Des boucles brunes tombent sur ses épaules.

— Bonjour Inès, et merci pour vos indications, j’ai trouvé facilement.

— Je vous rencontre enfin ! se pâme-t-elle en me serrant la main. Venez, c’est par là.

La fille me guide vers une bâtisse aux volets bleus, ceinturée d’hortensias en bourgeons. Au-dessus de la porte, je distingue, gravé dans le granit, le chiffre 1835. C’est la date à laquelle la maison est livrée à ses premiers propriétaires. Ma curiosité se concentre vers les petites fesses galbées qui se dessinent sous le jean moulant.

— Installons-nous dans la véranda, suggère-t-elle une fois à l’intérieur. Vous prendrez bien un café ?

— Volontiers, j’ai commencé tôt.

Inès m’indique un fauteuil club fatigué, mais d’apparence confortable.

— C’est sympa chez vous, dis-je. Chaque objet est à sa place.

Si les murs du coin cuisine sont couverts de crépi blanc, la partie salle à manger, en revanche, s’organise autour de pierres apparentes. Sous les poutres rustiques, une armoire cossue en châtaignier, une table paysanne et un fût transformé en bar renforcent le pittoresque du lieu.

— J’adore les vieilles choses. Je fais souvent les puces. Je ne rentre jamais bredouille, il y a toujours des trucs à chiner. Les vieilles tocantes, par exemple. J’en possède une jolie collection.

Inès me présente son bras gauche. Une magnifique montre Chanel en or jaune sublime son poignet. Je voudrais lui tenir la main pour mieux la voir, mais son membre reprend trop vite sa position initiale, au repos sur son genou.

— OK, je mens. On me l’a offerte pour me remercier d’un article. J’ai aussi des parfums de la marque, cela vous surprend ?

— Le papier devait être surtout très flatteur, dis-je sur le coup de l’étonnement. Qui est l’heureux élu ?

— Normalement, on ne m’achète pas, mais si c’est un cadeau, je ne vois pas pourquoi je refuserais. Vous savez combien elle vaut, cette montre ? Plus de dix mille euros !

Puis elle s’absente pour remplir nos tasses, et préparer une assiette de palets et de crêpes dentelle.

— Je vous donne quatre indices, crie-t-elle depuis la cuisine. C’est un acteur, il a plus de quatre-vingts ans. Il va léguer une partie de son patrimoine à une fondation de protection des animaux. La presse s’en est fait l’écho récemment. Si avec ça, vous ne trouvez pas, Florent…

Inès refuse de me citer des films dans lesquels ce type a joué. Elle ne s’enorgueillit pas non plus de la nature de leurs relations. Le chantage sexuel étant monnaie courante dans le milieu, je ne serais pas étonné qu’elle se soit laissée séduire par ce vieux porc. Je lui balance des noms au hasard. Elle me retoque à chaque fois.

— Vous me sonnerez quand vous aurez la réponse. Et la bonne, j’insiste !

Je fais mine de me fâcher. Jouer aux devinettes avec la belle Inès s’avère distrayant. Puis, elle amène la conversation sur la longère.

— Pour le même prix, j’avais le choix entre une chambre à l’hôtel ou un gîte avec Airbnb. C’est quand même plus agréable ici, je trouve.

Elle s’assied sur le deuxième club face à moi, croise les jambes et poursuit.

— Jim Dupuy nous rejoindra demain matin. Il vous tirera le portrait sur votre lieu de travail, histoire d’être dans le contexte, comme on dit.

Dupuy… Le paparazzi le plus détesté des people. J’ignorais qu’il avait repris du service après ses multiples condamnations.

— On s’est régulièrement vus à Paris dans des soirées mondaines. Je ne l’apprécie pas du tout, je préfère vous prévenir.

— C’est à cause de Clara ?

— Oui, elle a eu maille à partir avec lui. Son ancienne agence a gagné deux procès contre Golden People après la publication d’images de prétendues liaisons. Mais c’était avant qu’on se connaisse.

Inès se flatte que son journal ait payé les frais de procédure, les amendes et les dommages et intérêts. Elle assure que Jim est leur meilleur photographe, et que dévoiler de fausses histoires de cul fait partie de la ligne éditoriale. J’explose quand elle me prie de ne pas profiter de sa venue pour régler mes comptes.

— Vous en avez pourtant vendu, Inès, des exemplaires grâce à la radio ! Une couverture de Clara par ci, un portfolio par là… sans oublier la publicité pour votre magazine à longueur d’émission dans notre revue de presse people. Tout ça pour que je la ferme, au final ?

— Calmez-vous, Florent ! Votre bonne humeur à l’antenne n’a pas sauvé l’humanité, que je sache.

— Vous avez raison. Excusez-moi de m’être emporté.

Elle me relance alors sur Clara, sur le même ton condescendant.

— Depuis que vous avez été évincé de ZicMu et qu’elle vous a quitté, vous devez vous sentir bien seul, non ?

Comment sait-elle que Clara est partie ? Aucun journal n’en a parlé !

— J’ai une bonne amie à Paris. Le nom d’Éva Tracy ne vous dit rien ?

La jeune femme me donne des nouvelles de la chanteuse.

— Son dernier album a beaucoup de succès. C’est grâce à vous, d’ailleurs.

L’entretien vise-t-il à me piéger ? Inès me demande de lui pardonner son arrogance. Je fais mon mea culpa. La tension retombe. Elle me précise l’angle du portrait.

— Je voudrais vous remettre sur le devant de la scène. Mes lecteurs affectionnent les personnes qui sont retournées à l’anonymat.

Je tente une sortie en douceur.

— Que ce soit clair entre nous, Inès. J’ai tiré un trait sur mon passé d’animateur radio à Paris. Je ne fais plus parler les célébrités sur ZicMu, et elles ne me réclament pas. Je me fiche qu’on se souvienne de moi. En revanche, si mon témoignage peut aider à mieux connaître la société du spectacle et les dessous du star-system, alors interrogez-moi. Je répondrai sans détour.

Une rangée de dents impeccablement alignées révèle un sourire envoûtant. Inès est ravie, moi, beaucoup moins.

— Mettez-moi d’abord des étoiles dans les yeux, Florent. J’ai hâte de savoir comment vous rencontrez Clara !

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